La culture lébou sous le projecteur

La culture lébou sous le projecteur

Au Sénégal, comme dans la plupart des pays africains ayant connu la traite négrière puis l’esclavage, des courants de pensée se sont développés, créant une dualité entre la culture importée par le colon et les religions traditionnelles et leurs croyances. Aujourd’hui, malgré une forte évangélisation de la société et l’implantation de l’islam, de nombreuses traditions des premiers habitants sont conservées et pratiquées, comme une revendication parfois inconsciente d’une identité africaine longtemps bafouée.

Les versions diffèrent sur l’origine des premiers habitants du Sénégal. Ce qui revient le plus souvent dans les légendes urbaines, c’est qu’il s’agirait des Lébous et qu’ils auraient avec d’autres ethnies du pays la même origine wolof. Ces peuples auraient migré de la vallée du Nil durant l’Antiquité. Ce qui explique pourquoi les Wolofs constituent une société multiethnique parlant la langue des Lébous. Cela explique aussi pourquoi de nombreux Lébous se perçoivent comme Wolof. L’ethnie lébou renferme plusieurs lignées : les waneer, les youkab, les your, les khagane, les ai, les diassirator, les deunguagne, les beigne, les dorobé, les khonkhabop, les dindire, et les soumbar.

 

Peuple de pêcheurs, les Lébous, habitants d’origine de la presqu’île du Cap-Vert, sont connus pour avoir le sang chaud et un orgueil bien assis. Lors de l’invasion des Portugais en 1444, une lutte acharnée se déroule pour conserver leurs terres, notamment l’île de Gorée. Pendant des siècles, les Lébous tentent d’obtenir leur indépendance et y parviennent finalement en 1790, durant le règne du Damel Amary Ngoné Ndella Coumba Fall, roi du Cayor. Ils créent alors une petite république gouvernée par une lignée de religieux musulmans, appelé le Serigne Ndakarou. Cette république est divisée en plusieurs communautés, avec leurs propres assemblées communales, telles que Yoff, Ouakam, Ngor, Hann, Gueule-Tapée, Niaye Thioker, qui existaient bien avant la création de Dakar.

 

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Les traditions restent vives dans la communauté lébou, qui est surtout réputée pour sa spiritualité. Certaines maladies mentales continuent d’être traitées par des cérémonies rituelles de guérison, telles que le ndeup. Dans la religion traditionnelle, les tuur et les rab sont des principes importants. Ce sont les âmes des ancêtres (tuur) ou des forces occultes, propriétaires d’un lieu, mais dont personne ne connait l’histoire (rab). Pour que cette harmonie puissent perdurer, divers lieux de cultes étaient préparés à cet effet, appelés xamb en langue wolof. Seuls les initiés prêtres et prêtresses avaient accès aux xamb. Les initiés portent le nom de Saltigué. La cérémonie du ndeup possède une corporation de prêtresses spécialisées, appelées Ndeupkat.

Dieu, que les Lébous appellent désormais Yallah, sous l’influence de l’islam, est invoqué en toute situation, surtout avant chaque cérémonie religieuse traditionnelle. Chaque famille a également, selon son patronyme, un totem, représenté par un animal.  Les cérémonies en hommage aux tuur sont appelées tuuru; elles donnent lieu à de grandes festivités, sacrifices, prières. Cette religion traditionnelle wolof, que les Lébous ont plus ou moins conservée, est un héritage des Sérères.

Les quartiers lébous sont appelés pinthie et se caractérise par une forte pratique de guérison. Par exemple, à Kayes Findiw, les Mbengues soignent les maladies relatives aux affections ORL (oreilles, nez, gorge…). À Thieurigne, on retrouve des maîtres coraniques. Les Samb se retrouvent à Yakh Dieuf, les Ndoye à Gouye Salane, les Guèye à Khocc, les Paye à Mboth. Les trois villages traditionnels lébous que sont Ngor, Ouakam et Yoff, sont historiquement connus pour être leur fief. Un autre groupe a fondé un village vers Yarakh, qui s’appelle Beeñ, et un troisième le village de Soumbédioune, d’où l’on peut apercevoir les îles de la Madeleine. La plus grande porte le nom de «Wër» et la plus petite «Laar». C’est à «Wër» qu’habite le génie protecteur de Dakar, «Ndëk Daour Mbaye».

Les croyances ésotériques sont très présentes dans la culture lébou. Le ndeup est une cérémonie rituelle organisée pour soigner les maladies mentales qui sont, selon leurs croyances, la manifestation de l’intrusion des rabs (mauvais esprits) dans le corps des personnes.

Le culte est haut en couleur, mystique, opaque, d’une extrême sacralité et peut effrayer le profane. Cette pratique vieille de plus de 1000 ans a survécu à toutes les tentatives de la faire disparaitre. Tour à tour, des bœufs attachés au milieu d’une foule déchainée sont sacrifiés sur la plage, qui verra son eau changer de couleur par l’effet du sang. Certains spectateurs de la scène entrés en transe sont soutenus en pleine crise, au milieu de la foule. Le sang répandu, les incantations, le lait… le spectacle est saisissant et les scènes relèvent du surnaturel. Les prêtresses sont vêtues de leur tenue bariolée de couleurs vives, emportées par la solennité du moment. Criant et défaisant leurs habits d’apparats sans pudeur, baignant dans le lait et le sang. La guérison du malade est à ce prix, car c’est dans cette communion avec les «rabs» que la prêtresse demande aux esprits de «déposséder» le malade.

Chaque village a son rab protecteur, à qui il rend hommage chaque année, lors d’un grand tuur. Le tuur étant un génie désireux de vivre auprès des hommes et pouvant recourir à des formes animales ou humaines. Il est le maître de la nature et des sols et signe un pacte avec les populations. En échange, celles-ci lui rendent des hommages annuels pendant une semaine, une façon de perpétuer la reconnaissance aux ancêtres. Les rabs peuvent s’installer dans les familles sur des générations, sans pour autant perturber le bon état de santé des personnes auxquelles ils se sont attachés.

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Le raab (génie) lors du ndeup a une identité, un sexe, et même un chant (un bak). Ainsi, au simple son de ce bak, une personne malade ou «possédée» peut entrer en transe. Cependant, il existe une quantité indéfinie de rabs et parfois même il arrive que les ndeupkat ne les connaissent pas tous. Les plus communs sont les rabs lutteurs et les garces. Et avec ce genre de rab, la personne possédée, lorsqu’elle est en transe, fait mine de s’accoupler.
Lorsqu’un rab investit le corps et l’esprit d’une personne, ce dernier tombe malade. Le but recherché par le rab est de se faire accepter, que la personne possédée puisse le nommer, puis lui rende hommage en lui offrant des sacrifices. Le pacte va s’effectuer lors d’une cérémonie du ndeup, pendant laquelle la malade, reconnaissant son esprit, confie son nom à la ndeupkat (la prêtresse) qui éclairera le malade sur les sacrifices à faire. La personne malade doit aussi édifier un autel (un xamb) sur lequel elle fera ses offrandes. Le pacte scellé, le rab laisse tranquille la malade, puisque désormais il détient son lieu d’habitation. Néanmoins, une fois le malade guéri, il n’est pas exclu que celui-ci puisse entrer de nouveau en transe, notamment lors des cérémonies publiques de ndeup.

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Les Lébous restent très mystérieux sur la transmission de ce rite, qui est exclusivement réservé à des initiés et dont le secret se transmet de génération en génération. Ainsi, en vue de garder jalousement ces secrets, seules certaines personnes de la communauté, triées sur le volet, sont amenées à hériter de cette connaissance sacrée.

 

 

source :happyinafrica

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rfan

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