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Entretien: Le FOPICA à la rescousse du cinéma sénégalais ( Abdoul Aziz Cissé)

Entretien: Le FOPICA à la rescousse du cinéma sénégalais ( Abdoul Aziz Cissé)

Abdoul Aziz Cissé, cinéaste et secrétaire permanent du FOPICA dans un entretien accordé à « Afriseries », est largement revenu sur l’importance de la structure depuis sa création, en passant par les problèmes que rencontrent les cinéastes, à l’insuffisance des fonds dédié au Fopica ainsi que le manque de structure pour la promotion des productions locale. Optimiste, il croit en l’avenir du cinéma africain et spécialement sénégalais.

Que pouvez-vous nous dire sur le FOPICA ?

Le FOPICA est le fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle. C’est l’instrument de financement des activités cinématographique et audiovisuelle qui a été crée par la loi no 2002-18 du 15 avril 2002 portant règles d’organisation des activités de production, d’exploitation et de promotion cinématographiques et audiovisuelles. Cette loi a eu des décrets de promulgation en 2004 et ce fonds a été alimenté par l’Etat du Sénégal à partir de 2013. De 2014 à 2017, le FOPICA a financé 68 projets qui concernent des projets de films mais également de la distribution de l’exploitation et de la formation.

Sur ces 68 projets, il y a eu un financement global de plus de 1 milliard FCFA et parmi eux, un projet de distribution de films qui a été financé a hauteur de 50 millions de FCFA, 4 salles de cinéma qui ont été financé à hauteur de 200 millions pour la rénovation et la numérisation.  14 projets de formation ont aussi été financés à hauteur de 121 millions 56 milles 580 francs CFA. Il y a eu 15 aides au développement de projets de scénario qui ont eu un financement global à hauteur de 43 millions de FCFA.

Ajouté à cela, 37 productions de films ont été financés à hauteur de 1 milliard 371 millions de francs CFA. Et sur ces 37 productions, il y a eu 12 longs métrages pour un montant de 765 millions de FCFA, 9 séries télévisuelles à hauteur de 240 millions de FCFA, 14 courts métrages, financés pour un montant de 254 millions de FCFA et une aide à la finition qui a été financé à  plus de 12 millions.

Des chiffres qui peuvent montrer globalement c’est quoi l’importance du FOPICA  et qui n’est rien d’autre qu’une aide au développement des productions audiovisuelles.

C’est quoi l’Objectif du FOPICA?

Son rôle est de structurer le secteur, de créer des mécanismes de financement qui permettent aux différentes entreprises qui évoluent dans le monde du cinéma de pouvoir se développer par des mécanismes de financement. On a noté que ces entreprises avaient des difficultés pour satisfaire leur besoin de financement. C’est la raison pour laquelle ce fond a été créé par l’Etat du Sénégal pour leur permettre de se développer. Il y a des activités phares qui tournent autour de l’encadrement de ces différents projets qui ont été mis en place qui sont financés et qui sur toute l’année, nous permettent d’avoir un travail de suivi et d’évaluation. Parallèlement il y a des rencontres d’échanges qui sont organisées autour des différents enjeux qui tournent autour du cinéma et un travail de brainchmarketing qui est fait avec d’autres fonds qui existent à travers le monde et qui nous permettent d’améliorer le fonctionnement du FOPICA.

Qu’est-ce que le FOPICA a apporté au secteur audiovisuel depuis sa création ?

Depuis la création du FOPICA, on se rend compte qu’il y a une dynamisation du secteur parce qu’au niveau des techniciens de manière général, les gens sont de plus en plus employés dans des projets de films. Ensuite la production a augmenté considérablement au Sénégal et les activités de formation qui étaient véritablement le maillon fève se développe de plus en plus. On note une prise en compte du besoin de formation des jeunes de manière général qui rentre dans le secteur. Ce qui est, que le début car l’objectif est la création d’une grande école de cinéma.

Le financement qu’apporte le FOPICA aux producteurs est-il suffisant ?

Non ! Ce n’est pas suffisant. Le FOPICA a un budget de 2 milliards par année. Un long métrage normal se produit avec un budget de 1 milliard 500 millions. Ce qui montre que le financement est insuffisant d’où la décision du FOPICA de ne pas financer entièrement les projets qui lui sont soumis mais d’apporter une part des financements et de pousser les porteurs de projets à solliciter d’autre mécanismes de financement qui existent à travers le monde pour boucler leur budget et pouvoir dérouler leurs projets.

C’est un budget ouvert aux entreprises, aux associations, aux fondations, à tous ceux qui s’activent dans le monde du cinéma et de l’audiovisuel.

Que pensez des productions cinématographiques au Sénégal ?

Il y a une évolution sur le plan technologique. On sent qu’il y a une démocratisation de la possibilité de s’exprimer par le cinéma et par l’audiovisuel, ce qui ‘était pas le cas au début des années 2000 parce que le matériel de production était extrêmement coûteux ce qui faisait que les productions étaient extrêmement limités. On s’est retrouvé avec l’apparition du numérique, la baisse des couts d’acquisition du matériel de production qui fait qu’aujourd’hui même avec son téléphone portable, on peut faire des films. Maintenant, le problème c’est la question du contenu. C’est véritablement là où on doit faire un travail. Raison pour laquelle, le FOPICA finance beaucoup de projets en développement qui proposent de la qualité.

Que pouvez-vous dire du boom de la production de séries et autres téléfilms au Sénégal ?

C’est un phénomène récent et c’est à saluer. Aujourd’hui, on sent un renversement de la tendance où les productions locales sont en train de prendre le pas sur les productions internationales. Il y’en a beaucoup mais il y en a pas assez. Il en faut beaucoup plus car ma conviction, c’est de la quantité que naît la qualité. Le gens décrient la qualité de cette production mais plus il y en aura, plus les meilleurs vont se démarquer et plus on verra par la suite des productions de qualités. Le cinéma c’est comme le monde, il faut du tout. Tout le monde a le droit de faire des films parce que d’abord c’est un outil d’expression. Après le reste « Est-ce que le film est bon ? Est-ce que ça en vaut le coût ? Ça relève de l’appréciation du public. Mais le rôle du FOPICA est de créer les conditions pour permettre à tous ceux qui ont envie de d’exprimer par le cinéma et de l’audiovisuel de pouvoir le faire et dans les meilleures conditions.

Quelle méthode ou stratégie proposerez-vous pour l’exportation des productions sénégalaises ?

La stratégie la plus idéale serait de créer une agence d’exportation des films sénégalais comme cela existe dans tous les pays du monde. Pour le moment c’est à un stade de projet. Donc pour le moment, le rôle que nous faisons c’est de nous baser dans les distributeurs de films. Au Sénégal il n’y en a pas beaucoup. Mais le plus important est que le FOPICA a pris la résolution d’accompagner tous les films qui ont été produits à travers des festivals dans le monde. A l’occasion de chaque édition du FESPACO, il y a une délégation sénégalaise qui part et qui est entièrement prise en charge par le FOPICA. C’est le cas aussi du Festival de Canne.

Quels sont les projets du FOPICA ?

Nous avons un grand projet de reconstitution du circuit des salles de cinéma en général. En effet, On sait rendu compte au début des années 90 que le Sénégal avait 80 salles de Cinéma. Aujourd’hui, nous en avons 5 sur tout le territoire national. Ce rétrécissement du circuit peut être situé historiquement dans la mesure où c’est lié au programme de désengagement de l’Etat du Sénégal, un programme politique imposé par les institutions de Breton Wood à travers leur programme d’ajustement structurel et qui ont fait que l’Etat du Sénégal était obligé de se retirer de toutes les sociétés nationales pratiquement. Et comme le cinéma été géré par une société qui s’appelait la SIDEC : Société d’importation et de distribution cinématographique) ; l’Etat s’est retiré et la décision a été prise de démonter les salles de cinéma et de les vendre à la pièce. C’est ce qui nous a amenés ici. Ceux qui ont acquis ces salles de cinéma étaient plus tôt intéressés par autres choses que le cinéma.

Mais il y a encore de l’espoir. Si vous avez remarqué, il y a dans les régions des salles de cinéma fermées mais non pas encore transformées. Et, aujourd’hui, l’objectif est de travailler avec les collectivités locales pour reprendre ce circuit. Ainsi nous allons essayer de reprendre toutes les salles disponibles et de mettre tous les moyens possible pour que ces salles puissent recommencer à fonctionner.

Nous allons commencer avec la « Salle Vox de Ziguinchor » qui est actuellement en train d’être rénovée. En effet, un promoteur a reçu un financement du FOPICA à hauteur de 75 millions pour reprendre la salle, afin de la refaire fonctionner. Et ce n’est que le début car on envisage ce projet dans toutes les régions du Sénégal. Il est temps que les salles de cinéma reprennent vie au Sénégal. Beaucoup de jeunes aujourd’hui, n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cinéma. Et il faut leur faire connaitre cette expérience. Quel que soit la taille de son écran chez lui, l’expérience ne sera jamais la même.

L’enjeu de ces salles de cinéma est de créer des lieux naturels de diffusion des films que nous les sénégalais produisons. Ce projet va aider au développement de l’industrie de la production cinématographique.

Est-ce que les acteurs du cinéma sénégalais ont des retours positifs de leur art ?

Nous n’avons pas encore atteint un niveau critique d’industrialisation qui leur permette cela. Aujourd’hui, très peu d’acteurs vivent de leur métier. Il y en a qui en vivent mais ils ne sont pas nombreux. Mais plus les choses vont se développer, plus le secteur va avancer, plus cela va s’industrialiser, plus les gens vont vivre de leur métier.

Il est nécessaire qu’à travers toutes les chaines de télévisions de créer un système de quotas qui fait qu’il y ait un pourcentage de films programmés qui sera réservé aux productions locales. Ces dernières n’ont pas encore suffisamment de visibilité dans les grilles de programmation de nos chaines de télévision. On voudrait que leur approche soit beaucoup plus structurée et que par-delà la diffusion, qu’ils puissent intervenir en amont dans la production à travers un système de coproduction ou un système de prêt achat qui fait que les chaines de télévision deviennent des partenaires des producteurs de films au Sénégal.

Quel est votre dernier mot et votre message au monde du cinéma et de la culture en général ?

Nous avons enclenché une dynamique qui peut être très intéressante pour la culture sénégalaise son économie, et la culture. Le travail que nous sommes en train de faire, bien que la majorité pense que c’est du divertissement, nous notre conviction est que ce que nous sommes en train de faire est un levier unique et de stratégie de développement que nous sommes en train de mettre en place et si ces stratégies réussissent, tout le Sénégal va le ressentir dans la mesure où le cinéma est un secteur transversale qui regroupe à la fois l’industrie, l’économie, la politique, le social…

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