Ibou Gueye ( réalisateur de la série « Idoles »): ‘’Les saisons V et VI seront axées sur l’élection présidentielle’’

Ibou Gueye ( réalisateur de la série « Idoles »): ‘’Les saisons V et VI seront axées sur l’élection présidentielle’’

Dans cet entretien accordé à ‘’EnQuête’’, le réalisateur de la série ‘’Idoles’’, Ibou Guèye, revient sur le parcours tumultueux du film, les difficultés jusque-là rencontrées et les innovations majeures dans les saisons 5 et 6 en diffusion sur la Sen Tv.

Pouvez-vous revenir un peu sur le bilan des saisons précédentes ?

Le bilan a été positif. Je pense que les Sénégalais ont accepté avec beaucoup d’engouement les saisons 3 et 4. Le niveau a été on ne peut plus relevé, je crois. Nous avons tenté beaucoup de choses. Certaines initiatives ont connu un succès éclatant. D’autres ont moins bien réussi. Lors de ces saisons, nous avons surtout connu des difficultés d’ordre financier. Les sponsors font vraiment défaut. Ici au Sénégal, les recettes du sponsoring, on les partage avec les diffuseurs. Un jour, on a démarché une entreprise qui commercialise des produits, mais ils nous ont dit carrément que notre série était trop sérieuse. Comme si les gens n’aiment pas les choses sérieuses. Ils préfèrent toujours que tu leur parles d’amour, de futilités.

Qu’en est-il des difficultés sur le plan artistique ?

A ce niveau, ce qui est le plus difficile, c’est de toujours innover tout en gardant une certaine cohérence au niveau des thèmes. Il faut toujours essayer de trouver de nouvelles pistes pour ne pas tomber dans la routine. Ce qui n’est pas toujours évident. Nous avons donc travaillé dur pour avoir des approches à même de surprendre le public et créer des suspenses. Déjà pour la saison 5, trouver un remplaçant au ministre Chérif Maal, qui est un personnage central dans la série, est très difficile. On a essayé de recréer quelque chose de nouveau. C’est comme quand on a mis Penda à la rédaction, on nous avait beaucoup critiqués, mais il fallait qu’on rectifie. Même si je leur ai fait comprendre que c’était de la fiction, mais les gens n’ont pas voulu comprendre. L’avantage d’’’Idoles’’ est qu’on interagit avec le public qui peut faire des contributions. Je suis tout ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Et on en tient compte dans le déroulement du film.

Quelle est la particularité des saisons 5 et 6 ?

Cette saison sera axée davantage sur l’élection présidentielle, du moment où c’est ce qui fait l’actualité sénégalaise. Donc, on s’est dit qu’il serait bien de revenir sur le comportement de la presse par rapport à un rendez-vous pareil. Quel sera le rôle de la presse, selon notre imagination ? Encore une fois, il faut que les gens sachent que c’est de la fiction. Il y aura d’autres thèmes très passionnants qui vont être abordés également. La nouveauté sera d’essayer de continuer les histoires, comment surprendre les gens avec des histoires nouvelles, créer la surprise. Faire ressortir carrément le contenu historique. Nous sommes beaucoup plus exigeants dans l’écriture, pour cette saison. Nous attaquons un volet très exigeant qu’est la politique. Nous ne sommes pas péjoratifs, mais nous faisons tout pour faire ressortir la réalité dans l’environnement politique. Nous sommes dans un pays rythmé par la politique. Nous sommes cohérents et nous essayons de surprendre les gens. ‘’Idole’’ s’est appesantie sur cela.

Qu’est-ce qui s’est réellement passé avec Malick Ndiaye qui a annoncé son départ du groupe à travers sa page Facebook ?

Il n’y a pas de départ, mais de mort. Là, vous m’apprenez des choses. Malick fait toujours partie du groupe. Même hier (l’entretien s’est tenu mercredi) il était au tournage. Qu’est-ce qui vous dit que tout cela n’est pas fait exprès ? Peut-être on en reparlera un autre jour. Est-il vraiment mort d’ailleurs ? Les gens n’ont qu’à regarder la série pour le confirmer. Je n’ai pas dit qu’il reviendra ou pas, encore moins qu’il est mort ou pas. J’ai dit simplement que les gens n’ont qu’à regarder les saisons 5 ou 6.

Comment appréhendez-vous la réaction du public qui n’a pas du tout apprécié sa disparition ?

Il faut aussi savoir que dans la vie quotidienne, les choses ne se passent pas toujours comme on veut. Même si on est dans une fiction, pour raconter une histoire un tout petit peu crédible, il ne faut pas que les choses se passent comme dans un film où tout se passe très bien. Ou que les méchants vont mourir et que les gentils vont vivre. Les gens peuvent être gentils, bons et mourir. C’est Dieu qui en décide. Il y a de grands hommes qui sont partis, alors que leur peuple souhait leur survie. Je peux vous citer Thomas Sankara, Patrick Lumumba, Norbert Zongo… Ils ont tous été tués. Contrairement à ce que les gens pensent, la mort de Malick n’est pas tombée comme ça. Elle a été très bien réfléchie. J’ai même répondu à quelqu’un sur Facebook, en lui précisant qu’’’Idole’’ n’est pas encore finie. Que les gens n’aillent pas trop vite en besogne. Attendez la suite et vous allez voir.

Si la mort de Malick a été mûrement réfléchie, on suppose qu’il n’en est pas de même pour celle d’El Hadj Ba (ministre Maal). Cette disparition n’a-t-elle pas chamboulé votre scénario ?  

Absolument ! Parce qu’on ne s’y attendait pas du tout. On se réveille un jour et Maal est mort. On devait tourner avec lui un samedi, et la veille, c’est-à-dire le vendredi soir, je l’ai eu au téléphone. On s’est donné rendez-vous à 7 h, car c’était quelqu’un de très matinal. Quand on le convoque à 7 h, il est là à 6 h 30. C’est à l’aube qu’on nous a informés de sa mort. Il fallait s’adapter à cette nouvelle donne. C’est pourquoi ‘’Mère Alima’’ est devenue veuve.

N’aviez-vous pas pensé à lui trouver un remplaçant ?     

M. Maal (paix à son âme) est tellement un grand acteur que, personnellement, je ne pense pas pouvoir lui trouver un remplaçant. Je ne dis que ce n’est pas possible. Les gens peuvent avoir le talent, mais pas suffisamment pour le suppléer. Ça sera travestir le personnage et je me suis dit que cela ne valait pas la peine.

On constate que vous avez changé de diffuseur pour cette saison. Qu’est-ce qui l’explique ?

On est à la Sen Tv. C’était un partenariat avec la 2Stv. Mais, à la base, la saison 1 devait se passer sur la Sen Tv, mais il y a eu des couacs. Au dernier moment, on a eu 2Stv. Sen Tv était forcément fâchée. Mais les relations de travail sont ce qu’elles sont. Pour les saisons 5 et 6, nous avons souhaité chercher de meilleures offres et Sen Tv s’est positionnée. Nous espérons que le partenariat sera bénéfique pour tout le monde. La télé a fait des efforts et nous a beaucoup aidés dans la campagne de communication. On s’est partagé toutes les charges pour le lancement. Ce qui constitue un apport non négligeable. Nous remercions également la 2Stv pour le compagnonnage qu’on a eu. Nous n’avons pas changé parce que nous avons eu des problèmes. On avait la possibilité d’aller ailleurs, comme à la Rts, à la Tfm, mais nous avons préféré aller à la Sen Tv.

Cela ne risque-t-il pas de réduire votre taux d’audience ?

Peut-être, mais ça dépend de ce que tu présentes à ton public. Si c’est intéressant, les gens vont le suivre. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les diffuseurs par apport au choix. On gagne le public par rapport à la qualité de notre produit. Le problème ne se trouve pas là. Les gens ont leur préférence, personne n’y peut rien. Je le répète encore une fois, c’est le produit qui se vend lui-même et non le média.

Pourquoi vous n’avez pas organisé la cérémonie de lancement, comme vous l’aviez fait lors des saisons 3 et 4 ?

Il s’est passé énormément de choses. Il y a eu le décès du Pdg du groupe Idole Production Even Prod, mon grand frère Moussa Guèye, paix à son âme, qui a été très difficile pour nous. Si on a relancé le film, c’est pour ne pas perdre notre produit. Le débat s’est posé si on allait arrêter ou pas, mais je me suis battu pour le relancer. Dieu merci, on y est parvenu. Mon défunt frère s’est toujours battu pour la réalisation du film. C’est pour cette raison que l’on ne pouvait pas lâcher. La production d’’’Idoles’’ faisait sa fierté. Il m’avait raconté beaucoup d’anecdotes. Un jour, il m’a dit qu’un couple était en train de discuter du film dans un avion. Il s’est levé, s’est présenté humblement, en leur disant que c’est son petit frère qui le réalise. Rien que pour ça, on ne peut pas baisser les bras… (Il coupe, versant des larmes). Je suis désolé. Je ne peux pas me retenir en parlant de lui.

Dans les saisons précédentes, vous avez dénigré la presse. Cette fois-ci, vous dites que la presse contre-attaque. Pourquoi cette nouvelle option ?

C’est par rapport à la suite de l’histoire. Dans le film, Malick a été tué. Pour moi, c’est un coup de poing à la figure de la presse. Dans ce cas, la presse doit contre-attaquer. Il fallait qu’elle réponde et montrer qu’elle peut jouer un rôle hyper important dans des circonstances pareilles. Le rôle de la presse sera décisif dans cette saison.

La perte d’Aminata Sophie Dièye (Ndèye Taxawalou) ne vous a-t-elle pas poussé à glisser sur d’autres thèmes ?

On a voulu traiter d’autres problèmes pour ne pas rester que dans la presse. Il était intéressant de raconter la vie privée des journalistes, ce qu’ils vivent derrière est important pour les comprendre. Si on a des problèmes chez soi, ça affecte normalement notre travail. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de parler de tout. Seulement, parmi nos téléspectateurs, il y a des puristes qui veulent que l’on parle que de la presse. Pour moi, ce n’est pas cela qui ferait l’originalité de ‘’Idoles’’.

Quid du dénigrement des gardes pénitentiaires ?

Iven Prod avait fait un documentaire qui parlait de la réinsertion carcérale, car c’est des thèmes qui nous intéressent. On prend toujours un fait, une situation ou un vécu. On l’embellit pour que cela soit agréable ou drôle. C’est comme le cas du fou dans la foule qui est dans la série. A travers lui, on veut véhiculer des messages pour que le public fasse attention à eux. Donc, les prisonnières c’était une manière de montrer comment elles vivent. Il y a énormément de problèmes dans les prisons et on n’en parle pas d’habitude. C’est pourquoi, dans la série, il y a eu le régisseur Tandian qui les exploite et utilise leurs faiblesses pour assouvir ses besoins. Ce n’était pas pour les stigmatiser, on voulait juste montrer que c’était des femmes qui ont une fois fauté et face à une situation pareille, elles ont essayé de voir comment l’utiliser à leurs avantages pour sortir de la prison.

Malgré vos critiques, la presse n’a jamais critiqué votre série. N’avez-vous pas été surpris par cette attitude ?

Un journaliste est venu dans mon bureau et m’a dit : ‘’Bon courage. Fonce, car ce que tu racontes dans le film est la triste réalité.’’ Il m’a carrément dit que le cas de Margot et grand Laye, je peux t’en donner des tonnes. Cela dit, ils l’ont bien accueilli, et c’est tant mieux.

Pourquoi, selon vous, ‘’Idoles’’, malgré le travail de qualité que vous faites, n’arrive toujours pas avoir un succès comme les autres séries ?

Au Sénégal, les gens ont l’habitude de suivre des théâtres juste dans le but de se distraire. Mais chaque série a son public. Avec ‘’Idoles’’, il ne faut pas s’attendre à ce que tous les Sénégalais nous suivent. Déjà, avec cette saison, le débat que je vois sur les réseaux sociaux est qu’il y a trop de français. Malgré tout, nous avons un mérite, car c’est à cause de nous que les autres séries sont exigeantes. On ne voit plus certaines légèretés. Les scénarii ont été améliorés et je pense que nous y avons contribué. Le reste, c’est des goûts et des couleurs. Le nerf d’’’Idoles’’, c’est le contenu du film.

Source; Enquête

A Propos de l'auteur

Diama Ndao

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