Mati Diop, la pépite sénégalaise qui irradie le cinéma africain

Mati Diop, la pépite sénégalaise qui irradie le cinéma africain

 

 Mati Diop, la pépite sénégalaise qui irradie le cinéma africain .46 ans après le prix de la critique obtenu par son oncle Djibril Diop Mambéty, la franco-sénégalaise Mati Diop est montée sur les marches du Festival de Cannes pour recevoir le Grand Prix. Le temps de son passage sur la croisette, la réalisatrice a été l’intersection de plusieurs trajectoires : entre ses origines et son pays de naissance ou encore sa réussite et celle de son oncle. Mais surtout, son succès sur le bord de la plage cannoise était aussi un cinglant rappel du sinistre ballet de la migration qui se joue sur les rivages africains de l’Atlantique.

A Cannes, lorsque le choix du film désigné pour le Grand Prix du festival a été annoncé, une clameur partie de Dakar a accompagné Mati Diop sur le podium qui a récompensé son travail. Son film, « Atlantique », en plus de séduire les juges, constitue désormais un véritable symbole du passage de témoin entre l’ancienne garde et la nouvelle vague du cinéma africain.

La franco-sénégalaise a achevé la construction d’une passerelle qu’elle bâtit depuis plusieurs années entre la France, son pays de naissance, et le Sénégal, son pays d’origine, dont elle a fait la fierté.

Mais surtout, à 37 ans, la franco-sénégalaise a achevé la construction d’une passerelle qu’elle bâtit depuis plusieurs années entre la France, son pays de naissance, et le Sénégal, son pays d’origine, dont elle a fait la fierté.

 1Djibril Mambéty Diop

Djibril Mambéty Diop.

 

Avant Atlantique, le dernier film sénégalais sélectionné à Cannes avait été projeté sur la croisette en 1992. Il s’agissait de « Hyènes », réalisé par un certain Djibril Mambéty Diop, l’oncle de Mati Diop.

 

L’art dans les gènes

« Je viens d’une famille d’artistes. Mon père est musicien, ma mère photographe. Dans la photographie seule, il y avait une dimension qui me manquait. La musique, pour moi, c’est un peu trop abstrait. Le cinéma me permettait de manier l’aspect visuel et sonore des choses », confiait Mati Diop au détour d’une interview, il y a quelques jours. En effet, la lauréate du grand prix du Festival de Cannes semblait destinée à faire une carrière dans l’art. Son père, Wassis Diop est un musicien bien connu au Sénégal. Sa mère est photographe. Le cœur de celle qui a vu le jour à Paris, le 22 juin 1982, va longtemps osciller entre les deux sentiers arpentés par ses géniteurs.

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 « Mon père est musicien, ma mère photographe. »

 

Finalement, plutôt que de choisir entre le son et l’image, elle se tourne vers l’audiovisuel. En 2006, elle s’inscrit au laboratoire de recherche artistique au Palais de Tokyo, avant de rejoindre, en 2007, le studio national des arts contemporains du Fresnoy. Elle y acquiert des compétences diverses dans les conceptions de vidéo et de bandes sonores pour le théâtre. Finalement, elle développe une véritable passion pour le cinéma. Elle réalise des courts métrages inspirés de John Cassavetes et Apichatpong Weerasethakul, ses cinéastes préférés. Mais, c’est d’abord devant la caméra qu’elle se fait remarquer.

Tout commence par une rencontre au Palais de Tokyo, où elle rencontre le cinéaste lituanien Sharunas Bartas. « On s’est croisés dans un café, il m’a proposé de venir tourner dans son prochain film. J’ai passé quelques semaines dans son studio en pleine forêt, près de Vilnius, ce qui est très romanesque, mais ce fut une expérience assez chaotique. Le film ne se tournait pas, il était en phase d’écriture et de crise, et moi je bouillonnais de travailler concrètement sur un tournage. Ce n’était donc pas du tout ce que j’attendais mais ça a été quand même une expérience très forte et très enrichissante », se souvient Mati Diop.

Son rêve d’actrice se réalisera au final en 2008 auprès de Claire Denis, la réalisatrice du film « 35 rhums ». L’expérience semble si concluante que l’intéressée joue dans de nombreux autres films comme « Le garde-corps »« Yoshido », ou « Sleepwalkers ». Parallèlement, elle s’essaie également à la réalisation. Au fil des mois, et de ses essais derrière la caméra, Mati Diop découvre l’histoire de son oncle Djibril Mambéty Diop. Elle prend conscience de sa notoriété, de la profondeur de son travail, mais par la même occasion de son absence. « Mesurer cette absence a alimenté le besoin de me retourner sur mon histoire et sur mes origines cinématographiques. Je me mets à parler de mon oncle avec mon père et je constate que lui-même a besoin d’en parler. Mon histoire familiale m’a été transmise comme une légende, quelque chose de très romanesque et, d’emblée, elle s’inscrivait dans de la fiction », se rappelle Mati Diop.

« Je me mets à parler de mon oncle avec mon père et je constate que lui-même a besoin d’en parler. Mon histoire familiale m’a été transmise comme une légende, quelque chose de très romanesque et, d’emblée, elle s’inscrivait dans de la fiction »

La réalisatrice découvre « Touki Bouki », un film réalisé en 1973 par son oncle. Le film, qui a reçu le prix de la critique au Festival de Cannes en 2013, raconte le rêve d’un jeune couple sénégalais d’émigrer en France. Finalement l’un des deux personnages finit par accomplir ce rêve. Étonnamment, dans la vie réelle, les deux acteurs prennent la même trajectoire que leurs personnages. Mati Diop décide alors de se rendre au Sénégal pour comprendre.

 

Sur les traces de l’oncle

A Dakar, Mati Diop retrouve Magaye Niang, l’acteur de « Touki Bouki » resté au Sénégal. L’actrice, quant à elle, a émigré en Alaska. La réalisatrice décide alors décide alors d’écrire et de tourner « Mille Soleils ». Il s’agit d’un film à la frontière entre le documentaire et le conte, qui retrouve les traces des acteurs du film, mais aussi celles de son oncle et de sa famille.

Il s’agit d’un film à la frontière entre le documentaire et le conte, qui retrouve les traces des acteurs du film, mais aussi celles de son oncle et de sa famille.

Finalement, « Mille Soleils » offrira une agréable mise en abyme de « Touki Bouki ». Les deux films dialoguent et font communiquer deux époques. La première est celle de « Touki Bouki », durant laquelle les problèmes liés au désenchantement des indépendances donne envie à la jeunesse d’aller tenter sa chance ailleurs.

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« Mille Soleils » offrira une agréable mise en abyme de « Touki Bouki ».

 

La seconde, celle de « Mille Soleils » est celle du regret des choix effectués. Ceux qui sont restés veulent retrouver ceux qu’ils ont laissé partir. Émouvant, instructif et rafraichissant, le film est récompensé au festival international de cinéma de Marseille et au festival du nouveau cinéma de Montréal.

La seconde, celle de « Mille Soleils » est celle du regret des choix effectués. Ceux qui sont restés veulent retrouver ceux qu’ils ont laissé partir.

Après ce projet, la franco-sénégalaise, qui a acquis une certaine notoriété dans les médias, décide de traiter de la migration des jeunes Sénégalais désabusés, souhaitant rallier l’Europe sur des pirogues laissées au bon vouloir de l’Atlantique.

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Atlantique, Grand Prix du festival de Cannes.

 

L’accueil du film est sensationnel. Il permet à la réalisatrice de se confronter à la dure réalité du quotidien des jeunes Sénégalais de l’époque, tiraillés entre leur désir de partir vers une vie meilleure et de rester. Certains, résilients, choisissent de rester, mais à quel prix. Le résultat est « renversant », d’après la critique et convainc Netflix qui en rachète les droits, quelques jours après que le film reçoive le Grand Prix du festival de Cannes.

Le résultat est « renversant », d’après la critique et convainc Netflix qui en rachète les droits, quelques jours après que le film reçoive le grand prix du festival de Cannes.

Dès son premier film, Mayi Diop, a réussi à devenir le visage de la nouvelle vague de cinéastes africains. 46 ans après son oncle, son travaille suscite un engouement rappelant les plus grandes heures du cinéma sénégalais, voire africain.

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