Pourquoi Meghan Markle cristallise autant de colère et de haine au Royaume-Uni

Pourquoi Meghan Markle cristallise autant de colère et de haine au Royaume-Uni

Pourquoi Meghan Markle cristallise autant de colère et de haine au Royaume-Uni

La duchesse de Sussex et épouse du prince Harry est au cœur des critiques les plus acerbes après leur décision de prendre leur distance avec la monarchie, mais aussi depuis son arrivée dans la famille royale.
Depuis l’annonce fracassante du prince Harry et de son épouse Meghan Markle, les critiques envers le couple britannique n’en finissent plus de pleuvoir. Mais c’est principalement la duchesse de Sussex qui cristallise la colère de certains Britanniques face à cette décision. On parle d’ailleurs de Megxit, un terme qui place la comédienne seule au cœur de cette crise.
“Les gens disent que je suis trop critique envers Meghan Markle, mais elle a abandonné sa famille, son père, la plupart de ses anciens amis, a séparé Harry de William, et maintenant elle l’écarte de la famille royale”, a par exemple écrit sur Twitter le présentateur télé britannique Piers Morgan.
Sur Twitter, la mère d’Archie est accusée d’être égoïste et manipulatrice. La presse britannique n’est pas en reste, à en croire Sonia Delesalle-Stolper, correspondante du journal Libération, interrogée par Franceinfo: “C’est un véritable concert de récriminations contre ce couple jugé ingrat, et ces critiques visent surtout Meghan. On lit des commentaires outrés sur cette Américaine, qui aurait été accueillie à bras ouverts et qui ose aujourd’hui se libérer du carcan royal”, explique-t-elle.
Trois ans de harcèlement
Ces attaques envers la duchesse de Sussex ne datent pourtant pas du 9 janvier, loin de là.
Dès 2016, alors que le couple n’était pas encore marié, le prince Harry avait écrit un communiqué dans lequel il appelait les médias et internautes à cesser les attaques “racistes et sexistes” à l’égard de celle avec qui il officialisait alors sa relation. Plus récemment, en octobre 2019, il portait plainte contre Associated Newspapers -la maison mère, notamment, du Daily Mail- et dénonçait une “campagne impitoyable” à l’encontre de son épouse.
Depuis son arrivée dans la famille royale, Meghan Markle a toujours tout faux. Ses faits et gestes sont épiés, elle en fait trop ou pas assez, contrairement à Kate Middleton, parfaite à tous points de vue, et dont la duchesse de Sussex serait -évidemment- jalouse.
La décision de s’installer à Windsor et de quitter le palais de Kensington, celle de refuser les caméras de télévision lors du baptême de leur fils ou encore son invitation en tant que rédactrice en chef du numéro de septembre de Vogue, sont autant de reproches faits à Meghan Markle, d’après la correspondante de Libération.
Selon elle, “cette presse ne supporte pas bien que cette femme ne se plie pas aux règles de discrétion, non-écrites mais bien établies de la vie royale : elle revendique ses origines afro-américaines, s’est mariée à 35 ans, et avait déjà une carrière et une notoriété bien à elle, avant de rencontrer son mari”.
Entre sexisme et racisme, la “misogynoir”
Mais derrière ces attaques incessantes se tapit certainement une bien plus triste réalité, celle d’un sexisme et d’un racisme latents que le couple royal semble désormais choisir d’éviter en s’installant une partie de l’année outre-Atlantique.
“Il est indéniable que Meghan Markle a été soumise au racisme de certains articles de presse, mais aussi à cette intersection entre le racisme et le sexisme qui est nommé ’misogynoir?”, avance Jess Brammar, rédactrice en chef du HuffPost au Royaume-Uni. “Les tropes habituels sur le fait qu’elle soit difficile, trop émotive, agressive avec le personnel, ont tous de profonds sous-entendus que, j’en suis certaine, connaissent de trop nombreuses femmes noires”, poursuit-elle.
Pour Nadine White, également journaliste au HuffPost à Londres, depuis trois ans, la duchesse “a fait l’objet d’un nombre disproportionnellement élevé de tribunes critiques, sexistes et parfois racistes. Une partie des médias la cible parce qu’elle n’est pas blanche. D’autres lui reprochent d’être ‘différente’. Après tout, elle est une femme métisse avec une mère noire”, explique-t-elle.
Rappelons, à titre d’exemple, que le Daily Mail a déjà qualifié l’ADN de Meghan Markle d’“exotique”. Elle a été qualifiée de “uppity”, un mot anglais à la connotation raciste. Son fils, Archie, a été comparé à un chimpanzé par un présentateur radio de la BBC. Celui-ci a été licencié après ce tweet raciste. “Le traitement raciste de Meghan a été impossible à ignorer”, conclut dans une tribune du New York Times Afua Hirsch, autrice du livre “Brit(ish): On Race, Identity and Belonging”. Pour elle, aucun doute, c’est bel et bien le racisme qui a poussé la duchesse vers la porte de sortie. “Ce niveau d’abus est constant et sans précédent”, affirme de son côté Nadine White au HuffPost.
Classe ouvrière et Américaine
La journaliste estime que d’autres facteurs que le racisme sont à prendre en compte pour comprendre l’ampleur des reproches adressés à Meghan Markle. “Il s’agit aussi d’un enjeu de classe, compte tenu de ses racines dans la classe ouvrière, et je ne doute pas que sa nationalité en tant que femme américaine avec de différents ensembles de normes et de valeurs que celles de la famille royale a contribué, en grande partie, aux frictions avec certains médias, le public et peut-être même la famille royale”, analyse-t-elle.
Ces critiques sont-elles l’élément déclencheur de la prise de distance du couple? Difficile d’en être certain mais Nadine White serait “surprise si ce n’était pas l’un des facteurs y ayant contribué”.
Heureusement, tous les Britanniques n’ont pas aussi mal réagi à l’annonce du couple royal. L’écrivaine Bernardine Evaristo, s’en est par exemple réjouie: “cher Meghan, ma sœur, va faire ce que tu as à faire avec ta famille et fuis cette haine raciale à laquelle tu es confrontée dans mon pays”, a-t-elle écrit sur Twitter.
Pour Jess Brammar, si le couple royal est source de division au sein du Royaume-Uni, une chose est certaine: “ils sont extrêmement populaires chez de nombreuses personnes, en particulier les jeunes et les progressistes qui n’aiment pas la monarchie en général. Beaucoup sont favorables à leur décision de quitter le pays et de prendre du recul par rapport à la monarchie.”

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