Sénégal – Cinéma: XAAR YALLAH ou la naissance d’un langage artistique

Sénégal – Cinéma:  XAAR YALLAH ou la naissance d’un langage artistique

Synopsis :
Dans un car de transport urbain éclate une discussion suite à l’annonce à la radio du car le
retour triomphal du Président de la République qui rentre avec des milliards après son séjour à
l’étranger. Un malade mental qui a pu s’infiltrer dans le car juste avant son départ prend de
cours de la discussion et apporte sa réplique poétique en interdisant l’apprenti de s’arrêter
jusqu’à la destination qu’il aura choisie.
De XAAR YALLAH qui était la destination initiale, le malade mental demande au chauffeur
de prendre la direction de ALLAHIRA…Une fin tragique….

• XAAR YALLAH ou la naissance d’un langage artistique

XAAR YALLAH (en attendant Dieu), un film du réalisateur Mbaye Fall (La TAUPE) est une œuvre d’art. Une œuvre qui rappelle aussi l’architecture artistique de cet autre quartier
périphérique de la banlieue dakaroise chaud bouillant…mais aussi un certain courant de
pensée (le stoïcisme) qui voudrait qu’on remette tout en Dieu, même les plus grands malheurs
qui pourraient nous arriver. Les âmes de ce film ont-elles été stoïques jusqu’au bout ?
Comme décrit dans les livres saints, Xaar Yallah, un film d’un autre style met en scène le
scénario du jour du jugement dernier. Le film débute avec un monologue, celui d’un fou qui
annonce que la fin du monde n’est pas loin, elle est proche.

Chaque détail, chaque accessoire de ce film est une métaphore, un renvoi à ce jour fatidique.
Sur le plateau de scrabble, les joueurs ont posé des mots lourds de sens. Cette scène à elle
seule pourrait suffire à nous montrer la volonté du réalisateur : faire du détail le canevas du
film. Il suffit de regarder les mots composés sur le plateau de scrabble pour se faire une idée.

Les mots qui y sont posés sont forts. Il y va de la « TERRE », de « CONDAMNE », de
« MOURIR », de « ENFER ». Quelle composition dira-t-on ! Mais le constat est là. Le
réalisateur de XAAR YALLAH, n’at-il pas voulu nous dire que les « condamnés de la terre
iront en enfer ». L’on ne sait pas. Toujours est-il que la suite est fort révélatrice quant à la
pertinence de cette interrogation. Car en toile de fond de cette scène les inserts sur la théière et
la chaleur qui s’y dégage combiné avec un autre gros plan sur le pot d’échappement du car
rapide montre que l’enfer n’est pas loin. Le réalisateur de Xaar Yallah est subtil. Il est subtil
jusqu’à utiliser le DESTIN comme élément phare de sa structure narrative. L’un des joueurs
de scrabble est appelé par le destin pour un rendez-vous vers l’au-delà, il ne termine même
pas sa partie. Outre lui, tous les gens du car sont réunis par un seul facteur anodin pour une
destination commune…L’au-delà…

DANS LE CAR DE XAAR YALLAH
Tout semble réuni pour un ultime voyage dans les abysses de l’enfer. Ironie du sort, le
réalisateur choisit un car rapide.

Un choix non seulement artistique qui épouse l’aspect
rustique de son décor mais aussi politique. En ce moyen de transport est le plus emprunté par
les petites gens, le sénégalais lambda. Comme sa vieille carcasse, ses usagers trainent avec
eux de lourds passés, des secrets inavoués, des ragots de la place publique Le réalisateur a su
l’utiliser. Tous les sujets y sont abordés, de la politique incendiaire de la France-Afrique, de la polygamie, de la dégradation des mœurs, des problèmes de générations…jusqu’à ce que le personnage « répugnant », le fou rentre dans le car.

Le film entre dans une autre phase narrative. Dès que le fou rentre dans le car, il alerte
l’ange… oups le chauffeur en lui disant avec un ton ferme « Allons y chauffeur ! Le temps
nous est compté ! » Mais quel temps ?
Surement, le temps pour lui de faire un long discours sur la vie des hommes, leur lâcheté, leur
trahison envers Dieu. S’ensuivit une succession de gros plans.
La tension monte.

Les usagers du « car de l’enfer » ont peur de ce fou qui leur rappelle leur bêtise en tant que pécheur mais
aussi ce sac qu’il tient et qui comporte peut-être la liste des actes qu’ils ont commis. Et le mot
d’ordre est clair selon « l’ange de la mort », gare à, celui qui osera descendre du car. La seule
direction qui vaille est Alakhira, l’autre monde.

Le voyage finit en même temps avec les délires du fou qui descend du car arrivé à « l’au-
delà » avec en arrière-plan une surexposition à outrance succédé d’un fondu au noir pour
laisser place à un flash-back terrible…Le car fait des tonneaux, tout est sens-dessus-sens-
dessous. Le flash-back revient pour nous éclairer que chacun des usagers du car avait un acte
lui valant d’être emporté par le karma du fou. Une succession de plan avec fondu au noir qui
renseigne que les usagers ont quelque part tué, empoisonné, calomnié…menti, rompant ainsi
leur pacte avec Dieu.

Et si l’on vous disait que tout n’a été qu’une chimère d’un jeune homme ! Ah oui…Toute
cette histoire se passe dans l’imaginaire, dans le subconscient d’un jeune homme qui regarde
un tableau d’art d’une carcasse de car rapide en couleur vive où on y montre des hommes qui
brulent…Peut-être dans les flammes de l’enfer. Qui sait vraiment ?
Toujours est-il que Xaar yallah est un film d’un autre style, un langage artistique adoubé d’un
talent de duperie et de subtilité de son réalisateur. Un jeune peintre qui ne connaissait pas les
règles de base de la création par l’image et le son. Et pourtant, la touche du cinéaste y a été
présente entre utilisation de surexposition, d’ouvertures avec arrière-plan vide, de pano de
haut en bas, de fondues enchainées, de suggestion, de la musique sonore faite de notes
spiritualistes avec des gammes en grave …Dira-t-on finalement que l’artiste aura montré qu’il
était une vraie taupe car il a espionné le cinéma pour faire un film dans un univers qui
apparemment ne lui était pas propre…

MSD #Cinéphile ambulant

cinéphileambulant17@gmail.com

A Propos de l'auteur

Diama Ndao

Salut !! Retrouvez mes articles sur les actualités du jour au Sénégal et partout ailleurs. Je suis une amoureuse de la lecture et j'aime aller à la recherche de l'information. Ma devise: "Travail, patience, persévérance".



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